Un policier présent au Champs-de-mars lors des affrontements avec les militaires témoigne sous d’anonymat. Il laisse éclater sa colère par rapport aux traitements infligés par l’État à ses frères d’armes. Dans une entrevue accordée au journal Haïti Aujourd’hui, dimanche 23 février 2020, le policier dénonce les victimes de la manifestation du même jour.



Haïti Aujourd’hui : Vous étiez présent à la manifestation de cet après-midi ?


Agent de police : Oui.



H. A : Quelle lecture faites-vous du mouvement des policiers en “rébellion” ?


A. P : Ce qui est révoltant dans la situation, c’est la réaction des militaires qui ont tiré à bout portant sur les policiers.



H. A : Quel bilan personnel faites-vous toute suite après l’incident ?



A.P: Plusieurs personnes ont été blessées. La plupart d’entre elles ont été transportées d’urgence à l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), communément appelé hôpital général.



H. A: Vous ne pouvez pas dénombrer les policiers touchés dans l’attaque ?



A.P: À ma connaissance, je sais qu’il y a 5 victimes, dont 3 hospitalisés à l’HUEH, et 2 à Bernard Mevs. Pour les 2 personnes à l’hôpital Mevs, l’une a été atteinte d’un projectile et l’autre a eu le pied mutilé par un blindé de la PNH.



H. A: Quelle était la réaction des autres policiers après s’être faits tirer dessus ?


A. P: C’est frustrant. La Constitution haïtienne proclame deux forces armées dans le pays. La Police et les Forces armées d’Haïti (FAD’H). Ces dernières ont été démobilisées en 1994, nous le savons tous. Aujourd’hui, elles sont remises en service, bien que de manière restreinte. La mission de l’armée, c’est de protéger les frontières du pays contre les attaques de l’ennemi. Quand des militaires décident d’attaquer des policiers qui défendent leurs droits, c’est inacceptable.


En France par exemple, il existe des Syndicats de police, mais pourquoi pas en Haïti ?


H. A : Dans ce cas vous comptez participer à tous les mouvements revendicatifs de vos confrères ?


A. P:
 Je ne suis pas le chef de file du mouvement. Je suis un policier révolté par la situation. Seulement, je ne souhaitais pas entendre à la radio les nouvelles du mouvement des policiers, je voulais y participer. Mais entre-temps, en tant que policier, j’ai un devoir envers mon pays, je compte remplir normalement ce rôle. Néanmoins, j’espère qu’une solution sera trouvée au plus vite à la crise actuelle.



Ralph Thierry Cadet

Retranscription du créole.